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28.07.2007
Injustes congratulations
Les périodes de fêtes nationales sont les périodes les plus dures qu’un prisonnier politique peut endurer
C’est-ce que m’expliquait un ancien prisonnier. Une attente de grande incertitude qui commence des semaines auparavant et à mesure que la date fatidique se précisait, la tension, le stress et l’angoisse pesaient de plus en plus sur cet univers coupé à part.
De la question de la possibilité d’une éventuelle grâce à cette occasion on passe petit à petit à celle de son étendue. Au fond de chaque prisonnier politique ou d’opinion il y’a un espoir caché au fond de son intime réalité qui martelait les longues nuits et les interminables journées de cette attente infinie.
C’est une autre forme de torture qui se répète douze à quinze fois par an ; pour certains depuis plus de 17 ans.
Hier, (24L7) dans la maison de Med Abbou, maison qui nous est devenue familière au cours de ces deux dernières années, j’ai choisi de m’installer dans la véranda en face de la porte fenêtre tout en observant le va et vient et cette joie qui régnait avec ses interminables congratulations avec les sonneries incessantes des cellulaires et un brouhaha dans lequel on distinguaient difficilement les discussions échangés par les uns et les autres.
Du déjà vu au cours de notre triste réalité tout au long de ces dernières années. Chaque fois qu’un otage est délivré on ne peut qu’oublier et se fondre dans ce bonheur éphémère de la retrouvaille d’un cher ou d’un ami alors que le prochain otage pourrait être n’importe qui parmi nous sans qu’aucun ne se pose la question s’il n’est pas la prochaine proie que la dictature choisira. Le même scénario vécu à la maison de Hamma Hammami ou de Zouheir Yahyaoui s’est répété hier chez Samia Abbou.
Dans cette maison le seul étranger était Mohammed, amaigri, on dirait rajeuni, agité, il ne s’arrête pas de se déplacer accroché à un appel ou donnant l’accolade à quelqu’un et je me demandais quand allons nous enfin les quitter pour le laisser à ses enfants.
Samia Abbou, quand à elle saisie l’occasion de trouver un siège qui vient de se vider à coté de moi pour s’asseoir, rayonnante et le visage éclatant de bonheur elle me prend par surprise en se penchant sur moi et en m’interpellant par cette étrange question : « Est ce que c’est juste que nous soyons heureux à cette occasion alors que chaque fois qu’on nous prend injustement quelqu’un pour le détenir pendant de longues années et nous le rendre ensuite , nous nous congratulons oubliant par la même les années volées injustement de la vie d’un innocent et de sa famille »
Injustes congratulations, il y’a ceux qui fêtent leurs fêtes et ceux qui fêtent leurs délivrances de prison…
Yahyaoui Mokhtar
01:25 Publié dans Droits de l'homme | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Tunisie, Repression Politique, Justice




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